A Aimé Césaire

J'apprends avec infiniment de tristesse la mort d'Aimé Césaire, dans sa ville de Fort de France pour laquelle, jusqu'au bout, il s'est passionné. En ce jour de deuil, je pense à la peine de sa famille, de ses proches, de celles et ceux qui ont combattu et bâti à ses côtés, de celles et ceux auxquels il passa le flambeau en gardant, pour ses chers Foyalais, une attention et une écoute de tous les jours.

Je me souviens de sa main prenant la mienne à la mairie de Fort de France et de ces mots d'encouragement qu'en janvier 2007, il m'avait prodigués en me faisant ce beau et généreux cadeau : accepter la présidence d'honneur de mon comité de soutien. Je me souviens de la fierté et de la reconnaissance que j'en avais éprouvé. Elles ne m'ont pas quittée.

Une grande voix s'est éteinte, celle d'un homme de conviction, de réation, de témoignage, qui fut sa vie durant un éveilleur de conscience, un éclaireur de notre temps, un démineur d'hypocrisies, un porteur l'espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l'humaine dignité.

Aimé Césaire n'est plus et déjà il nous manque mais sa parole incandescente continue de nous accompagner, portée par l'œuvre d'un immense poète qui ne se déroba pas au rendez-vous de l'histoire.

« Nègre » était une insulte, il en fit une fierté et l'étendard d'un combat pour la dignité et l'égalité vraie, que toujours il relia à l'émancipation de tous. Car il n'y avait pour lui de véritable universel qu'enrichi des singularités et des apports de chacun. « Ma bouche, écrivait-il dans le somptueux Cahier d'un retour au pays natal, sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir ». Il a tenu parole, fidèle au parti-pris de toute une vie.

Je me souviens d'avoir relu son Discours sur le colonialisme lorsqu'en 2005, il nous fallut contrer l'offensive négationniste d'un gouvernement qui osait affirmer les « bienfaits » de la période coloniale. Un demi-siècle plus tôt, Césaire avait déjà tout dit : « on me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer. Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés ». Et aussi cela que nous aurions tort d'oublier : les violences de la de la conquête coloniale et du système qui en a résulté, ont déshumanisé le colonisateur autant que le colonisé. Elles ont contribué à cet « ensauvagement d'un continent » dont l'Europe, devenue cible de barbaries rôdées ailleurs avant d'être déchaînées sur son propre territoire, fit à son tour la terrible expérience.

Lucide, Aimé Césaire ne le fut pas seulement sur les méfaits de ce qu'il appelait « la chosification » coloniale et son déni d'humanité. Il savait que les lendemains d'indépendance ne sont pas forcément radieux lorsqu'au temps épique de la lutte succède celui des choix et que doit prévaloir la vigilance contre le risque de nouvelles oppressions succédant aux anciennes. Son Roi Christophe, comme il l'a dit souvent, n'est pas seulement un héros haïtien aux prises avec lui-même et avec l'exercice du pouvoir mais « l'oeil grossissant » de tous les dilemmes post-coloniaux.

Lucide, Aimé Césaire le fut aussi, avec bien de l'avance sur ses contemporains, quand il prit ses distances avec le régime qui dépêcha ses chars à Budapest et trahissait, à ses yeux, une espérance fraternelle devenue alibi du despotisme.

Mais il n'était pas de ceux que les ruses amères de l'histoire et la difficulté du chemin conduisent à l'abandon, à la résignation, à l'acceptation du désordre des choses et de l'injustice si prompte à revêtir de nouveaux masques. Sa parole prophétique n'était porteuse d'aucun renoncement mais d'une haute exigence et d'une profonde humanité.

Voilà pourquoi, aujourd'hui, les fils et les filles de Césaire sont si nombreux de par le monde, écrivains auxquels il a ouvert la voie, militants dont il a fortifié les raisons, citoyens auxquels il enjoignait de toujours « concilier le possible et le souhaitable sans sacrifier l'un à l'autre, sous peine d'appauvrissement », hommes et femmes qu'il a aidés à voyager en eux-mêmes pour mieux comprendre le monde et tâcher d'y agir juste.

Sa langue effervescente a, comme le dit son ami René Depestre, fait œuvre de marronnage dans les veines d'un français qu'il a su recréer et rendre hospitalier à des mots, des sons, des formes, des rythmes qui sont aujourd'hui notre patrimoine littéraire commun. Il n'aimait pas ce qu'il appelait « la littérature des mots d'ordre ». Il croyait au pouvoir d'une langue de haute tenue, audacieuse et rebelle. Il voulait que son théâtre donne la poésie à voir. Il s'adressait à tous sans jamais en rabattre sur l'impétueuse beauté de textes écrits, disait-il, dans les plis et les interstices de l'action, sans jamais simplifier l'humaine complexité dont est tissée l'histoire.

Il en appelait aussi à entendre ce qu'il y a derrière les mots, à commencer par cette soif d'égalité qui le conduisit jadis à défendre la départementalisation puis à tirer les leçons de ses promesses mal tenues. Député, son verbe subjuguait même ceux qui ne partageaient pas ses idées. Maire de Fort de France, il voulut pour les Foyalaises et les Foyalais le bien-être et des conditions de vie dignes. Il racontait comment, élu sans l'avoir vraiment voulu, il s'attela à la tâche en commençant par des travaux d'assainissement, jusque là délaissés, et en voulant pour chacun le droit à un toit décent. Jamais il ne se lassa d'arpenter sa ville et d'écouter ses habitants.

Il tenait la culture pour vitale et la voulait bien commun, partagé entre tous. Car elle est, disait-il, ce que l'humanité a inventé « pour rendre le monde vivable et la mort affrontable ».

Cette vie droite qui fut celle d'Aimé Césaire, cet engagement auquel il resta obstinément fidèle, cette fermeté de conviction qui jamais ne s'abaissa en sectarisme borné, ce refus vibrant du mensonge et du mépris, cette mise en garde contre « les vainqueurs omniscients et naïfs » qui se trompent et nous trompent, cette éblouissante leçon d'humanité qu'il nous laisse en héritage, à nous d'en être dignes.

Merci, cher Aimé Césaire, de nous avoir donné, par votre exemple et par votre œuvre, le courage de penser loin des poncifs et d'agir pour le seul motif qui vaille : humaniser, ici et maintenant, un monde tenaillé par l'inquiétude et balafré de violences, dont les peuples ont soif de justice et de fraternité.


Ségolène Royal



Vidéo Janvier 2007



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# Posté le vendredi 18 avril 2008 05:50

Modifié le vendredi 18 avril 2008 06:39

Changement d'agenda.


Ségolène Royal se rendra à la Martinique aux obsèques d'Aimé Césaire. De ce fait la table-ronde sur l'avenir de la laïcité française initialement prévue samedi est reportée, ainsi que l'émission Dimanche + programmée le dimanche 20 Avril
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# Posté le vendredi 18 avril 2008 02:04

Modifié le vendredi 18 avril 2008 03:36

Ca chauffe....

Ségolène Royal exhorte Nicolas Sarkozy et son gouvernement à arrêter de "casser les familles".





Ségolène Royal fait un point sur les Allocations Familiales devant la presse : "J'exprime toute mon indignation contre les attaques portées sur les familles", "je dis au gouvernement et au président de la République: arrêtez de casser les familles"

"Le gouvernement n'a pas le droit de s'attaquer aux familles et fragiliser ce qui est au coeur d'une société",affirme Ségolène Royal. "La famille est un lieu essentiel de sécurité, d'éducation et de transmission des valeurs".

"Ca suffit, c'est scandaleux", "je ne laisserai pas casser les familles": Ségolène Royal "exprime cette colère" parce que "les familles n'ont pas les moyens de se défendre contre un pouvoir ultra personnalisé".

Selon elle, "les familles sont aujourd'hui fragilisées dans leur cinq piliers principaux" et d'abord "par la diminution des allocations familiales", qui "est inadmissible". "Tous les collégiens vont être touchés" par cette mesure "puisque ce sont tous les enfants de 11 à 14 ans dont les familles vont être privées du complément d'allocations familiales".

"Je sais que la branche famille est excédentaire. Le gouvernement n'a pas le droit de voler l'argent des familles", insiste-t-elle.

Le décret sur la majoration unique des allocations familiales à 14 ans, entraînant une baisse des des prestations, doit être publié prochainement.Ségolène Royal estime que les familles sont également frappées au travers des mesures sur la santé: "les franchises médicales et la diminution des remboursements des lunettes et des soins dentaires touchent les enfants ainsi que leurs familles".

L'éducation est aussi "mise à mal": "la surcharge des classes est la principale préoccupation des familles".

Les familles sont touchées également à travers "la flambée des prix de l'alimentation" et les mesures sur le logement "puisque vient d'être augmenté le plafond pour accéder au logement social".
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# Posté le jeudi 17 avril 2008 10:52

Aimé Césaire est mort

Le poète martiniquais est décédé jeudi matin au CHU de Fort-de-France, en Martinique. Âgé de 94 ans, il souffrait de graves problèmes cardiaques.


Le poète martiniquais Aimé Césaire est mort jeudi matin à l'âge de 94 ans. Hospitalisé depuis le 9 avril au CHU de Fort-de-France, en Martinique, il était depuis plusieurs jours dans un état préoccupant, souffrant notamment de problèmes cardiaques.

Le ministère de l'Intérieur et de l'Outre-mer a immédiatement annoncé que des obsèques nationales seraient organisées en son honneur.

Source : le figaro avec AFP




communiqué de Ségolène Royal à propos du décès d'Aimé Césaire



J'apprends avec infiniment de tristesse la mort d'Aimé Césaire, dans sa ville de Fort de France pour laquelle, jusqu'au bout, il s'est passionné. En ce jour de deuil, je pense à la peine de sa famille, de ses proches, de celles et ceux qui ont combattu et bâti à ses côtés.

Une grande voix s'est éteinte, celle d'un homme de conviction, de création, de témoignage, qui fut sa vie durant un éveilleur de conscience, un éclaireur de notre temps, un démineur d'hypocrisies, un porteur d'espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l'humaine dignité.

« Ma bouche », écrivait-il dans le somptueux Cahier d'un retour au pays natal, « sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir ». Il a tenu parole, fidèle au parti pris de toute une vie.

Je me souviens d'avoir relu son Discours sur le colonialisme lorsqu'en 2005, il nous fallut contrer l'offensive négationniste du gouvernement de droite qui osait affirmer les « bienfaits » de la période coloniale. Un demi-siècle plus tôt, Césaire avait déjà tout dit : « on me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer. Moi, je parle de milliers d'hommes sacrifiés ».

J'exprime aussi ma reconnaissance profonde au président d'honneur du comité de soutien de la campagne présidentielle, et à l'éminent symbole de la France métissée que j'ai défendue dans mon discours de Fort de France.


Ségolène Royal


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Royal demande le Panthéon pour Césaire

Le Premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a rappelé qu'Aimé Césaire était un homme de gauche. "Tout au long de ses mandats de maire et de député de Fort-de-France, il a agi aux côtés de ceux qui se battent pour la reconnaissance de leurs droits et de l'égalité sociale", écrit-il. Le dirigeant socialiste exprime sa "solidarité à l'égard de tous les Martiniquais profondément meurtris par cette disparition mais fiers d'avoir été représentés par un homme aussi exceptionnel".

Ségolène Royal a pour sa part salué en Aimé Césaire un "éclaireur de notre temps" et demandé son entrée au Panthéon. Dans un communiqué, l'ex-candidate à la présidentielle salue "un éveilleur de conscience, un éclaireur de notre temps, un démineur d'hypocrisies, un porteur d'espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l'humaine dignité". "Je demande l'entrée d'Aimé Césaire au Panthéon", déclare la présidente de Poitou-Charentes qui avait rencontré le poète en janvier 2007 lors de sa campagne électorale à Fort-de France. Le chantre de la négritude s'était réjoui "d'avoir une petite Martiniquaise" de retour sur l'île où "elle a passé trois ans de sa vie dans son enfance". Le député-maire de Drancy, Jean-Christophe Lagarde (Nouveau Centre), a lui aussi suggéré à Nicolas Sarkozy de proposer l'entrée au Panthéon d'Aimé Césaire.
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# Posté le jeudi 17 avril 2008 07:34

Modifié le jeudi 17 avril 2008 08:37

Ségonours ou délinquante ?

Ségonours ou délinquante ?
Bienvenue au Royaume des Bisounours


http://marianne2.fr/index.php#mod_1151987

Réponse de Chris :

http://www.desirsdavenir.org/debats/read.php?52,357093,357093#msg-357093




Amitiés socialo-bisounours
Mel
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# Posté le jeudi 17 avril 2008 04:37

Modifié le jeudi 17 avril 2008 06:21